AgriMaghreb AgriMaroc AgriAlgerie AgriTunisie
Accueil / Technique / Dossier / Quelle est la situation de l’agriculture au Mali en 2022 ?
Agriculture au Mali
Photo : FAO

Quelle est la situation de l’agriculture au Mali en 2022 ?

A quels défis doit faire face l’agriculture Malienne ?

« La terre ne ment pas » dixit Bakary TOGOLA, Ancien président de l’APCAM (assemblé permanente des chambres d’agriculture du Mali).

La Surface Agricole Utile au Mali : un très fort potentiel 

La terre, facteur de production indispensable pour l’agriculture, est riche, variée, et diverse selon les climats, la géographie, et l’action humaine. Du point de vue macroéconomique, 30% du PIB est généré par l’agriculture au Mali. Sur l’angle, microéconomique, elle occupe 60% de la population active malienne.

Au Mali, la surface agricole utile (SAU) est de 145,2 millions d’ha, seuls 7,6 millions d’ha, soit 5% sont cultivés. Les surfaces irriguées sont de l’ordre de 432 252 ha, principalement concentrées dans les vallées des fleuves Niger et Sénégal. Les terres aptes à l’irrigation, aménageables, ont un potentiel estimé à 2, 2 millions d’ha (FIDA, 2020).

La surface agricole utile (SAU) est de 145,2 millions d’ha, seuls 7,6 millions d’ha, soit 5% sont cultivés

Note : 5,8 millions ha sont en céréales (riz, maïs, sorgho, mil), 82 000 ha en racines et tubercules, 321 000 ha en légumineuses/noix/oléagineux, 213 000 ha en fruits et légumes et 676 000 ha en coton. Les céréales occupent 74% des surfaces cultivées

Au Mali, l’agriculture est avant tout familiale

Le système de production agricole est organisé autour de la famille. L’agriculture reste dominée par les cultures vivrières (riz, mil, sorgho, maïs, fonio), industrielles (coton, arachide) et horticoles (fruits et légumes). D’autres formes d’organisation, à l’instar de l’agriculture contractuelle existent sur des filières spécifiques (fruits, légumes, sucre, sésame, soja), en dehors du coton. L’élevage est fortement intégré à l’agriculture familiale, fournissant de nombreux services (fumure des champs, transport). On parle également de systèmes agropastoraux.

L’objectif ultime de l’agriculture est de subvenir au besoin nutritionnel et alimentaire des populations maliennes. Mais aujourd’hui, plus de 25% des maliens sont en insécurité alimentaire.

Il est donc légitime de se demander, pourquoi les objectifs de sécurité alimentaire, ne sont pas atteints malgré d’énormes potentialités ? Il s’agit en d’autres termes, de desceller les défis, auxquels fait face, l’agriculture malienne, d’aujourd’hui et de demain.

Faiblesse de l’agriculture malienne

L’agriculture malienne est extensive (FIDA, 2020), elle n’est pas productive. Autrement dit, la faiblesse de la productivité agricole a causes multiples qui sont principalement :

  • Dépendance aux aléas climatiques ;
  • Difficultés d’accès aux intrants et aux crédits ;
  • Appauvrissement et la fragilisation des sols ;
  • Problèmes phytosanitaires (maladies et ravageurs) ;
  • Coûts de transport et de transaction élevés ;
  • Insuffisance technique des agriculteurs (non maitrise des techniques de productions).

Les défis à surmonter

Il est donc clair, pour surpasser ces insuffisances, que les défis consistent à nourrir la population malienne grandissante à un rythme exponentiel. L’Etat et les autres parties prenantes ont la lourde responsabilité de :

  • Former et informer les agriculteurs
  • Investir dans les infrastructures (en eau d’irrigation, route, stockage, marchés)
  • Améliorer le niveau de productivité des exploitations agricoles familiales de manière durable.
  • Valoriser davantage les produits agricoles en investissant dans unités de transformations
  • Promouvoir les entreprises de transformation agroalimentaires, génératrices de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus,
  • Renforcer et intégrer les organisations paysannes (OP) dans les filières agroindustrielles.

Dans la politique du développement agricole (PDA, 2013) adopté en conseil de ministre, il est question de la nécessité de la prise en compte de l’urbanisation rapide, et la croissance démographique. A l’instar des tendances actuelles des pratiques conventionnelles de l’agriculture, la PDA prévoit une gestion des ressources naturelles et l’adaptation au changement climatique.

Lire aussi : Toute l’actualité agricole en Afrique de l’Ouest.

La modernisation de l’agriculture familiale étant souligné, cet objectif, bien qu’il soit ambitieux, frotte à l’indéniable taille des exploitations agricoles.

Pour faire aux défis de faible productivité, des pertes post-récoltes, et aux marchés sous-développés, l’USAID a mis en place plusieurs projets (Sugu Yiriwa= ‘’développement de marché’’, Sènè Yiriwa= ‘’développement de l’agriculture) dans la zone sud et le delta du Niger au Mali. Ces projets visant à relever les défis, de façon commune et concerté avec les producteurs (bottom-up approach).

Parmi les techniques de productions vulgarisé dans ces projets, figure le système de rizicultures intensifiés (SRI), avec le semi en ligne (voir photo) contre le semi en volet traditionnel. Selon un chiffre de la FAO, 70% de la production alimentaire est assurée les femmes, pratiquant l’agriculture, l’élevage et la pêche (FAO, 2022).

Comme dans le politique de développement agricole, un accent particulier est mis sur la prise en compte de l’aspect genre, et l’inclusion des jeunes.

En effet, les femmes jouent un rôle primordial pour la lutte contre la faim, et donc l’atteinte des objectifs de la sécurité alimentaire.

Qu’en pensent les professionnels du secteur ?

« le sac d’engrais est très cher (plus de 25 000 FCA/sac de 50 Kg de NPK) »

Les avis et témoignages ci-après des professionnels du secteur sur les défis de l’agriculture malienne chevauchent avec les analyses précédentes. Tous reviennent à affirmer qu’il y’a du travail à faire, et l’Etat a un rôle fondamental.

Ainsi pour Afou TOGOLA, Ingénieure Agronome et Agricultrice : « Les défis de l’agriculture malienne sont nombreux, mais selon moi, il ‘y a pas assez de vulgarisation sur les bonnes pratiques agricoles. La majeure partie des boites semencières et phytosanitaires n’ont pas une connaissance des produits qu’elles vendent et sont donc incapables de fournir des informations fiables sur leurs utilisations, notamment en matière de bonnes pratiques agricoles (BPA).

Il faut aussi noter l’accès aux intrants, à titre d’exemple, les engrais cette année, où le sac d’engrais est très cher (plus de 25 000 FCA/sac de 50 Kg de NPK) pour le paysan lambda, sans subvention.

L’Etat doit jouer son rôle en matière de subvention, de vulgarisation et de promouvoir une politique agricole plus équitable ».

Conclusions

Pour conclure, on s’en tiendra à la déclaration du ministre Malien de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, Mr Mohamed Ould MAHMOUD : « Il y a des défis certes mais nos potentialités et notre forte envie de les relever nous donnent de l’espoir qu’un Mali émergent est bien possible dans un avenir proche »

. Le Mali dispose certainement des potentialités naturelles comme la terre, l’eau, le vent, et le soleil. On y ajoute à cela, « une population jeune à plus de 65% fait du Mali un pays à vocation agro-pastorale sur la voie de l’émergence ».

Références et Photos:
USAID FAO Wikipedia
FAO. https://www.fao.org/africa/news/detail-news/zh/c/1373000/ 
FIDA (2020). L’avenir de l’agriculture Au Mali : 2030-2063.
Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. http://magriculture.gouv.ml/index.php/le-ministre/ministre
USAID (2O22). USAID helps Malian farmers to adopt new approaches and improve productivity. https://www.usaid.gov/mali/our-work/agriculture-and-food-security
Par Fousseny TOGOLA, Ingénieur Agroéconomiste

Regardez aussi

Légumes - ph : Pixabay

FAO : Les prix alimentaires mondiaux ont légèrement baissé en décembre 2021

Les prix alimentaires mondiaux ont légèrement baissé en décembre 2021 observe la FAO. Les prix …

2 commentaires

  1. Bonjours. Je suis un jeune agroéconomiste de formation niveau licence à l’IPR/IFRA de Katibougou à Koulikoro
    Cet article est certes très intéressant. Il ressort bien qu’exhaustive, l’état agricole du Mali, mais également des perspectives à l’accroissement des capacités de celui-ci.
    Mais je pense que si l’on n’arrive, à donner par ce type d’article, des voies de sortis beaucoup plus concrètes, par un exposer détailler des mesures possibles et des schémas de réalisation cohérentes pour l’atteinte des objectifs d’autosuffisance alimentaire dans ce pays , serait une aubaine pour vos lecteurs et donnerait plus de crédibilité et de sérieux à l’image du canal ( cet site et ces articles).
    Merci.

  2. Bonjour Moussa,

    Merci pour votre commentaire.
    Cet article a vocation à faire une « photo » de l’agriculture au Mali.

    En ce qui concerne les solutions, un article ne suffirait pas malheureusement, si c’était aussi simple, la plupart de nos pays auraient déjà trouvé les dites solutions.

    Mais si vous avez des propositions, n’hésitez pas à nous contacter par mail contact@agriafriouest.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.